Si tu m’aimes je m’aime aussi

A force de s’entendre répéter que nous sommes des merdes, on finit par avoir tendance à le croire. Si j’ai décidé de sortir toute ma bile sur ce blog c’est pour ne plus avoir à prétendre être qui je ne suis pas. Je ne suis pas une gentille fille dénuée de ressentiment, de haine et de jalousie. Je ne suis pas un gentil garçon vide de violence, de gerbe, d’addictions et de colère. Je tremble en écrivant ces mots. Ces derniers temps je suis à la ramasse quand il s’agit de relations amoureuses. Je suis une coquille vide qui traîne sa haine de soi et désespère de ne voir personne qui puisse lui enlever. Si tu m’aimes, je m’aime aussi. Parfois je me sens englué dans une galère d’auto-détestation dont je ne sais même plus quoi faire, je tourne comme un lion en cage. Je me regarde, je m’interroge. Je sais que le reflet que je vois dans le miroir et que je ressens comme être le mien est un mensonge. Je ne me vois plus. Je ne m’entends plus. Je ne me ressens plus. Mon esprit a délaissé mon corps et j’ai l’impression que seule l’écriture parvient à me maintenir dans une sorte forme de connexion avec mes sentiments. En ce moment j’ai l’impression d’être face à un grand vide. Je suis en haut d’une énorme falaise et il faut que je saute. Je le ressens comme une nécessité comme un appel à la survie, à ma survie. J’ai besoin de sauter mais j’ai peur. J’ai peur de me voir. De voir mes failles, de les connaître et d’apprendre à les aimer. Parfois j’ai peur de les voir en face, les yeux dans les yeux et de leur dire : je vous aime. Vous mes failles, fêlures, manquements je vous aime profondément. Parce que vous faites ce que je suis. Parce que nous faisons ce que nous sommes.

J’ai cru que les autres pourraient me guérir et m’apporter ce dont je désirais le plus : l’amour de moi-même. J’ai cru que la fusion pourrait me préserver de la douleur du viol, des violences, de la solitude, de l’abandon, de la transition. Que chacun pouvait panser ses plaies et que la fusion nous permettrait de nous sauver. Mais c’est l’inverse, la fusion complète est la mort de l’autre et de soi, de nos créativités artistiques, de nos besoins personnels. La douleur nous rend sage. Je n’ai jamais ressenti de besoin de fusion avant d’expérimenter d’être en incapacité de gérer mes émotions personnelles et de ne plus « y » arriver seul.e. Pour beaucoup d’entre nous, nous aimer, aimer nos corps, nos histoires, nos parcours, nos vécus, nos traumatismes est un parcours du combattant. Lorsque j’écris ces mots je me rends compte que j’ai l’air d’avoir la position dominante de celui qui a tout compris et qui a mis sa vie sur les rails du petit train de l’amour de soi.

Non. Je galère. Je suis dans les bas fonds du respect et de l’estime de moi. Et je sais que cette incapacité que j’ai à me voir comme je suis et à écouter ce que je ressens bousillera toutes mes relations amoureuses futures, si tant est que j’en ai. Nous valons la peine.

Nous valons la peine de prendre du temps pour nous soigner et se perdre dans la vie des autres n’y changera rien. Quelqu’un m’a lu une phrase un jour : «  Ton temps est limité, alors ne le gaspille pas à vivre la vie de quelqu’un d’autre « . Peu importe que ma vie soit triste, joyeuse ou banale. C’est ma vie et la mienne. Mon corps, le mien. Quand j’écris ces mots je sens que dans mon être s’éveille une conscience. Une conscience que j’avais oubliée il y a longtemps déjà quand j’ai voulu confier ma vie à mon partenaire. Ma vie doit être à moi et je dois me la confier à moi-même. Le pire a été de me rendre compte que je n’étais pas à la hauteur. A force de m’être investi dans la fusion j’avais perdu toute ma singularité, je ne m’étais pas développé. On dit que pour que le cerveau puisse se développer il doit se sentir en sécurité. J’ai eu peur de transitionner. A force de me sentir dans le corps de l’autre et de ressentir toutes ses peurs comme si c’était les miennes j’ai repoussé ma rédemption. Mon sauvetage. Ma survie. Je ne veux plus faire passer un autre corps avant le mien. Je veux m’aimer tendrement. Cajoler mon corps, lui dire qu’il est beau et qu’il mérite une sécurité moelleuse teintée de caresses. Je veux oublier toutes les phrases que j’ai entendues, toutes celles qui m’ont fait douter de mon propre reflet et de mon propre regard. Je veux les regarder et leur dire qu’elles auront toujours moins d’importance que ce que je ressens.

J’en finirais avec la fusion. Si tu m’aimes, tu m’aimes. Si je t’aime, je t’aime. Si tu t’aimes, tu t’aimes. Et si je m’aime, je m’aime.

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